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Petit historique


Auteuil & Leconte Au départ, il y a la rencontre d'un réalisateur, patrice Leconte, avec un scénariste, Serge Frydman, due à un producteur, Thierry de Ganay. Les 2 premiers sympathisent et se mettent à collaborer rapidement.
"Je me souviens, c'était un jour de manif à Paris. C'était le bordel. Patrice et moi, on parlait de ce qu'on pourrait faire ensemble. Le point de départ, c'est toujours les personnages. C'est toujours d'imaginer des gens qu'on ne pourrait pas croiser dans la rue. Vous en connaissez, vous, des lanceurs de couteaux ? Ca a été notre première idée. Un lanceur de couteaux, une jeune femme et leurs chemins qui se croisent..."
Procédant à la manière des Grands Ducs (1995), ils se mettent à rêver l'histoire et Serge Frydman se charge de l'écriture, en ayant à l'esprit les futurs interprètes Vanessa Paradis et Jean-Pierre Marielle. Celle-ci découvrira le scénario avant la dernière version d'Une chance sur deux (1998) et sera emballée.
"Et quand je l'ai lu, jamais je n'avais été aussi concentrée pour lire un scénario. Pendant une heure et demie, rien d'autre n'a existé. A la dernière ligne, je me suis dit : "Oh! Là, là ! mais il faut le tourner tout de suite !" Mais on devait d'abord faire Une chance sur deux. Cela dit, ça nous a permis, à Patrice et moi, de vivre avec pendant un long moment. On a beaucoup parlé sur le tournage d'Une chance... C'était agréable. Ca nous faisait une respiration différente."
Paradis & Leconte

Vanessa & Daniel se reposant Hélas, vient la claque des entrées d'Une chance.... Leconte est sonné et reçoit un appel étrange de Jean-Pierre Marielle, qui l'invite à le rencontrer. D'urgence.
"Je ne veux pas être un vieux de plus dans la carrière de Vanessa Paradis, après Crémer, Delon, Belmondo... On va droit dans le mur ! Cessons de la marier avec des gérontes. C'est malsain. [..] Et, mon cher Patrice : non seulement, je ne ferais pas ce film, mais permettez moi de vous conseiller amicalement d'abandonner ce projet. Vous courrez à la catastrophe et je ne veux pas être complice d'un échec supplémentaire dans votre carrière."

En dépit du choc initial, cette décision va être salutaire. En effet, Leconte se rend compte de la justesse des paroles de Marielle et se met à réfléchir à un remplaçant d'une autre génération en la personne de Daniel Auteuil. Celui-ci lit le scénario dans le train qui le conduit chez ses parents et donne, enthousiaste, son accord.
"C'est magnifique, j'adore le personnage de Gabor, je fais le film avec toi. C'est parfait, nous allons faire deux films de suite ensemble. Depuis le temps que nous nous tournons autour..."
Auteuil & Leconte

Tournage dans la cabine téléphonique "Tu sais, ne sois pas gêné... Quand j'ai lu le script, j'ai bien vu combien il était écrit pour Marielle. Mais imagine-toi : pour Tous les matins du monde, Corneau m'avait pressenti pour interpréter Sainte Colombe. Et quelques temps avant le tournage, il m'a dit : Non, je fais le film avec Jean-Pierre Marielle. C'est donc un juste retour des choses !"

Pour le personnage d'Adèle, Leconte a une idée très précise de son physique idéal : elle doit avoir les cheveux courts. Mais convaincre Vanessa Paradis ne sera pas une sinécure car celle-ci le lui a déjà refusé sur le tournage d'Une chance.... Pourtant, un soir, en visite au théâtre où joue Marielle la Lune se couche de Pinter, elle arrive le cheveux court. Leconte est naturellement ravi, même s'il sait qu'ils auront repoussé au début du tournage... Sur les rails

Daniel & Vanessa au maquillage Quant au tournage, celui-ci sera idyllique, loin de son premier tournage les vécés étaient fermés de l'intérieur excessivement conflictuel entre Leconte et Rochefort (ils se réconcilieront 10 ans plus tard en tournant Tandem ou le Mari de la coiffeuse).
"La fille sur le pont est, de tous mes films, celui qui est venu - comme on dit "venu au monde"- le plus simplement, le plus harmonieusement. Je venais sur le plateau avec des images en tête, et c'était exactement celles-là qui s'imprimaient sur la pellicule avec, en plus, les raretés de jeu, les émotions imprévisibles, la grâce des acteurs."
"Ce qui se passe entre [Vanessa] et Daniel, c'est incroyable. Ce n'est pas seulement dû à ce qu'ils sont comme acteurs, mais aussi à ce qu'ils sont, eux. Il y a entre eux cette magie qu'on espère toujours quand on fait un film, mais qu'on n'est jamais sûr d'obtenir. Capter ça, filmer ça, c'est plus qu'une joie..." Sous la pluie

Leconte & Paradis à la caméra Film totalement atypique, la Fille sur le pont débute par un long monologue d'environ 6 mn 30 en plan séquence sur le visage d'Adèle qui raconte sa vie à une Mireille Dumas bis. Si cette scène ennuie le spectateur, il décrochera automatiquement pour l'ensemble. Si, au contraire, elle le séduit, il restera capter pour longtemps. Elle sera tourner à la moitié du tournage par une Vanessa en état de grâce. Elle demandera malgré tout à son réalisateur d'en tourner une seconde prise, au cas où...
Mais ce sera la première prise qui sera choisie.

"C'était extrêmement important parce que la scène fait huit pages, qu'elle dure six minutes et qu'elle ouvre le film sur une pauvre fille qui raconte son histoire. Donc, si au bout de deux minutes, j'emmerde tout le monde, c'est mal barré pour la suite... Ca plombe le film et après, il faut ramer. J'avais la responsabilité du départ. Comme les coureurs de relais, il ne fallait pas que je me casse la gueule. [..] Ce qui m'a plu, c'est qu'on a fait une prise et Patrice a dit : "C'est bon, on l'a." On a fait une autre prise par sécurité, mais c'est la première qu'il a gardée. Quand, après cette scène, il a repris son souffle, je peux vous dire que j'étais contente !" Vanessa filmée

Dans la voiture Etant donné sa date de finition, début 98, Leconte et son producteur, Christian Fechner, envisagent logiquement une sélection pour Cannes et montrent le film à Gilles Jacob, qui l'adore. Au lendemain de la projection au comité de sélection, un des 4 membres est plus que réservé, ne permettant pas à Jacob de garantir la présence du film au festival. Qu'à cela ne tienne, distributeur et producteur maintiennent la sortie officielle, le 28 Mars 1998. A l'issue d'une carrière très honorable (plus de 650 000 spectateurs-France), le film sera nominé à 8 reprises aux César, permettant à Auteuil de glaner son 2ème personnel (ce qui n'est pas mal pour un remplaçant).

De cette belle aventure, Leconte résume parfaitement ses sentiments en ayant écrit dans le dossier de presse : "Sait-on jamais pourquoi on fait un film ? Pourquoi on fait celui-ci plutôt que celui-là ? franchement, je n'en sais rien. Et pour être plus franc encore, il y a des moments que j'ai cessé de me poser la question parce que j'ai enfin compris que les raisons que l'on trouve pour faire les choses, bonnes ou mauvaises, d'ailleurs, vont presque toujours à l'encontre du simple plaisir. Et si le cinéma, après tout, n'était qu'une affaire de plaisir..." Vanessa filmée bis


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Les photos et les personnages des films cités ici sont la propriété exclusive de Patrice Leconte et de ses différents producteurs : Christian Fechner, Alain Poiré, la Gaumont, Trinacra Prod., AMLF, A2, Philippe Carcassone, René Cleitman, Lambart Prod, Thierry de Ganay, Hachette Première, Cinéa, UFD, Gilles Legrand, Frédérique Brillon,.... Leurs utilisations dans ces quelques pages n'ont aucun but lucratif. Bien au contraire, elles se veulent un réel hommage aux divers créateurs qui ont aidé Patrice Leconte à s'exprimer.